Hung Hung est un poète, un artiste, un intellectuel engagé dans la cité. C’est si rare aujourd’hui. Tous ses poèmes le disent à leur manière. Il ne défend pas seulement la cause, louable en soi, de la poésie, il en a si peu le temps, il est de toutes les causes, politiques, sociales, écologiques. Chaque jour soulève un nouveau combat. Hung Hung ne se soucie pas de lui-même, ses poèmes sont des porte-paroles, de ceux qui ne peuvent s’exprimer, du passé qui s’efface, des cris, des revendications, que l’on atténue, fait disparaître. Disparaître, il ne le faut pas. L’écriture est avant tout mémoire, document daté. De tout, il restera une trace. Dans la poésie de Hung Hung, et particulièrement à partir de son recueil Bombe artisanale, une attention inquiète est portée sur les diverses parties du globe. Sans être une poésie de l’engagement, le poète ne se détourne pas du monde pour s’isoler avec sa muse, il apporte un écho subjectif à son expérience et inscrit la poésie dans des relations croisées entre soi et les autres.
Hung Hung est un enfant de l’île de Taïwan. Dans ce lieu qui n’a pas de statut politique défini, dans ce pays qui n’est pas reconnu, comment l’identité ne serait-elle pas au centre des préoccupations ? Quand on nie votre existence, comment la poésie et l’art ne seraient-ils pas le seul moyen de continuer à exister, à faire entendre les voix de ceux qui s’opposent à tout compromis ?
Le Passe-muraille rassemble des poèmes de différents recueils de Hung Hung écrits entre 1990 et 2017. Pour Hung Hung, la poésie est « un moment de confrontation entre la poésie et le monde, dans l’attente de savoir lequel des deux va changer l’autre. » La poésie même engagée n’a pas pour objectif ou pour illusion de changer le monde, mais elle montre le chemin de ceux qui ne se laissent pas faire, elle garde une trace, elle signifie, elle prouve, elle aiguise le regard et la langue. Le Passe-muraille : car la poésie de Hung Hung est capable de traverser les frontières pour mettre en lumière une communauté d’esprit, et que celle-ci agisse.
Ouvrage publié et traduit avec le concours du Minsitère de la Culture de la République de Chine (Taïwan) et du Centre culturel de Taïwan à Paris.
Les poésies taïwanaises publiées aux Éditions Circé, en collaboration avec le Centre culturel de Taïwan à Paris 法國瑟希出版社與 Centre Culturel de Taïwan à Paris 臺灣文化中心合作出版的「臺灣現代詩選」系列,是目前法國唯一針對臺灣詩作進行法譯出版之叢書 鴻鴻《穿牆人 Le passe-muraille》
LE MONDE DE SUZIE WONG/蘇絲黃的世界Aujourd’hui, est-ce que le nom de Suzie Wong vous dit quelque chose ? Une ligne de vêtements sexy, une marque de produits asiatiques, le nom d’un restaurant... Mais saviez-vous que cela vient d’un roman écrit par le britannique, Richard Mason ? « Le monde de Suzie Wong », qui vit le jour en 1957, décrit la rencontre et la romance entre Suzie, une prostituée de Hong Kong, et Robert Lomax un peintre américain. Entre un homme qui vient de perdre son temps dans une plantation d’hévéas en Malaisie, et cette jeune femme pauvre, mère célibataire, rejetée de tout côté. Le livre a eu un tel succès qu’il fut adapté au cinéma en 1960, avec les acteurs William Holden et Nancy Kwan. Comment expliquer un tel engouement ? Probablement, la fascination pour l’inconnu, l’exotisme. Comme l’explique Gérard Henry, journaliste et directeur adjoint de l’Alliance française à HK en préface de l’ouvrage : « Séduire Suzie Wong, c’était pour l’étranger trouver la clé qui ouvrirait la porte d’une culture qui lui était incompréhensible. Suzie Wong devenait ainsi l’incarnation de l’exotisme et l’objet de tous les fantasmes occidentaux, fantasme érotique y compris, car ce dernier imaginait des plaisirs rares et inconnus, dignes des paradis artificiels ». Et aujourd’hui encore, l’histoire de cette rencontre improbable vaut toujours la lecture, un demi-siècle plus tard. Bien écrit, divertissant, riche en rebondissements, le roman a plutôt bien vieilli. Un petit détour par Hong Kong de 1957 ?1,470/mainssl/modules/MySpace/PrdInfo.php?sn=llp&pc=2604002193338
REST IN PIECESAu fil d’une série d’histoires courtes toujours plus dérangeantes, l’auteur taïwanais Karmaket exorcise toutes ses névroses dans ce bijou de bizarrerie. Humanité décadente, revenants, paranoïa et folie collective, insectes invasifs, divinités inquiétantes… Un recueil qui rappelle que les ténèbres renferment toujours une part de beauté.
En 2025, Karmarket gagne le "Best New Talent" (Meilleur artiste émergent) du "Golden Comic Award", le prix le plus prestigieux de la bande dessinée Taïwanaise.1,380/mainssl/modules/MySpace/PrdInfo.php?sn=llp&pc=2601002156278
LES VEILLEURS DE NUIT 夜官巡場Le roman musical d'un jeune auteur à suivre, héritier taïwanais de García Márquez Premier roman de l'auteur, et musicien, taïwanais Tiunn Ka-siông, Les Veilleurs de nuit est une fresque poétique et hantée, qui tisse le réalisme magique avec l'histoire orale, les légendes locales et les souvenirs d'enfance. Le récit se déroule dans le village fictif de « Bourg brûlé », inspiré du village natal de l'auteur, Min-hsiung, dans le comté de Chiayi, au sud-ouest de Taiwan. La narration prend une forme éclatée et non linéaire, entre confidences intimes, mythes locaux et chroniques documentaires (parfois réelles, parfois inventées). Le narrateur adulte revient sur son enfance marquée par une atmosphère familiale étouffante, un père taciturne, une mère superstitieuse, et par la présence diffuse d'esprits errants, de dieux mineurs et de spectres politiques. Il partage avec son amie d'enfance, Chou Mei-hui, une sensibilité précoce au monde invisible. Figure ambivalente, Mei-hui est identifiée à une incarnation du « veilleur de nuit », divinité obscure veillant sur les morts et les âmes errantes. Chaque chapitre est centré sur une anecdote, un souvenir, connecté à un rituel, ou une vision, où se croisent divinités oubliées, revenants de la Terreur blanche, divinités des rivières issus de cadavres anonymes, ou encore marginal accusé d'avoir cuisiné un poisson-chat sacré appelé « Bouddha ». À travers ces épisodes, c'est toute une mémoire souterraine de Taiwan qui affleure, en particulier celle des répressions de 1947, relue sous le prisme du mythe et du fantastique qui peuplent les petites bourgades rurales. Dans les dernières pages, un rêve partagé condense cette réactivation du passé : une procession d'âmes menée par le veilleur de nuit traverse le village. Elle culmine dans la découverte, dans les ruines d'un ancien poste de police japonais, d'une peinture représentant cette divinité, comme une preuve enfouie d'une mémoire historique occultée.1,080/mainssl/modules/MySpace/PrdInfo.php?sn=llp&pc=2510002125372