Les perles d'un des auteurs phares de la scène SF du monde chinois Après Membrane, roman de science-fiction puissant et poétique sur les mutations du corps et de la mémoire, L'Asiathèque publié un nouveau livre de l'écrivain taïwanais Chi Ta-wei, avec un recueil de nouvelles où l'auteur interroge les dérives de nos sociétés techniciennes et la normativité de nos identités. On y retrouve l'inspiration originale de l'auteur déjà à l'oeuvre dans le roman Membrane (toile de fond "queer", mondes parallèles, virtuosité dans l'exploitation de la science et de ses virtualités plus ou moins pernicieuses). Avec son écriture expérimentale mais toujours sensible, Chi Ta-wei invente des mondes à venir qui ressemblent étrangement au nôtre, révèle les maladies qui les rongent et s'efforce d'en trouver les antidotes. Sirènes, faunes, androïdes, mangeurs d'insectes, enquêteurs intergalactiques... Une foule d'êtres insolites rôdent dans les pages de ces six nouvelles écrites à différentes périodes, depuis les années de Chi Ta-wei à l'université dans les années 90 jusqu'à maintenant, puisque figure parmi elles le récit inédit « Perles », écrit spécialement par Chi Ta-wei pour ce recueil et qui donne son nom à l'ouvrage. Empruntant aux codes de la science-fiction, du fantastique ou encore des contes de fée, Chi Ta-wei est l'une des voix singulières de la littérature mondiale de l'imaginaire. Avec le recueil Perles, Chi Ta-wei montre encore une fois aux lecteurs francophones qu'en Asie aussi la science-fiction ne doit pas être uniquement considérée comme une littérature populaire et formatée, mais comme une littérature qui peut s'emparer de thématiques sociales.
LE MONDE DE SUZIE WONG/蘇絲黃的世界Aujourd’hui, est-ce que le nom de Suzie Wong vous dit quelque chose ? Une ligne de vêtements sexy, une marque de produits asiatiques, le nom d’un restaurant... Mais saviez-vous que cela vient d’un roman écrit par le britannique, Richard Mason ? « Le monde de Suzie Wong », qui vit le jour en 1957, décrit la rencontre et la romance entre Suzie, une prostituée de Hong Kong, et Robert Lomax un peintre américain. Entre un homme qui vient de perdre son temps dans une plantation d’hévéas en Malaisie, et cette jeune femme pauvre, mère célibataire, rejetée de tout côté. Le livre a eu un tel succès qu’il fut adapté au cinéma en 1960, avec les acteurs William Holden et Nancy Kwan. Comment expliquer un tel engouement ? Probablement, la fascination pour l’inconnu, l’exotisme. Comme l’explique Gérard Henry, journaliste et directeur adjoint de l’Alliance française à HK en préface de l’ouvrage : « Séduire Suzie Wong, c’était pour l’étranger trouver la clé qui ouvrirait la porte d’une culture qui lui était incompréhensible. Suzie Wong devenait ainsi l’incarnation de l’exotisme et l’objet de tous les fantasmes occidentaux, fantasme érotique y compris, car ce dernier imaginait des plaisirs rares et inconnus, dignes des paradis artificiels ». Et aujourd’hui encore, l’histoire de cette rencontre improbable vaut toujours la lecture, un demi-siècle plus tard. Bien écrit, divertissant, riche en rebondissements, le roman a plutôt bien vieilli. Un petit détour par Hong Kong de 1957 ?1,470/mainssl/modules/MySpace/PrdInfo.php?sn=llp&pc=2604002193338
REST IN PIECESAu fil d’une série d’histoires courtes toujours plus dérangeantes, l’auteur taïwanais Karmaket exorcise toutes ses névroses dans ce bijou de bizarrerie. Humanité décadente, revenants, paranoïa et folie collective, insectes invasifs, divinités inquiétantes… Un recueil qui rappelle que les ténèbres renferment toujours une part de beauté.
En 2025, Karmarket gagne le "Best New Talent" (Meilleur artiste émergent) du "Golden Comic Award", le prix le plus prestigieux de la bande dessinée Taïwanaise.1,380/mainssl/modules/MySpace/PrdInfo.php?sn=llp&pc=2601002156278
LES VEILLEURS DE NUIT 夜官巡場Le roman musical d'un jeune auteur à suivre, héritier taïwanais de García Márquez Premier roman de l'auteur, et musicien, taïwanais Tiunn Ka-siông, Les Veilleurs de nuit est une fresque poétique et hantée, qui tisse le réalisme magique avec l'histoire orale, les légendes locales et les souvenirs d'enfance. Le récit se déroule dans le village fictif de « Bourg brûlé », inspiré du village natal de l'auteur, Min-hsiung, dans le comté de Chiayi, au sud-ouest de Taiwan. La narration prend une forme éclatée et non linéaire, entre confidences intimes, mythes locaux et chroniques documentaires (parfois réelles, parfois inventées). Le narrateur adulte revient sur son enfance marquée par une atmosphère familiale étouffante, un père taciturne, une mère superstitieuse, et par la présence diffuse d'esprits errants, de dieux mineurs et de spectres politiques. Il partage avec son amie d'enfance, Chou Mei-hui, une sensibilité précoce au monde invisible. Figure ambivalente, Mei-hui est identifiée à une incarnation du « veilleur de nuit », divinité obscure veillant sur les morts et les âmes errantes. Chaque chapitre est centré sur une anecdote, un souvenir, connecté à un rituel, ou une vision, où se croisent divinités oubliées, revenants de la Terreur blanche, divinités des rivières issus de cadavres anonymes, ou encore marginal accusé d'avoir cuisiné un poisson-chat sacré appelé « Bouddha ». À travers ces épisodes, c'est toute une mémoire souterraine de Taiwan qui affleure, en particulier celle des répressions de 1947, relue sous le prisme du mythe et du fantastique qui peuplent les petites bourgades rurales. Dans les dernières pages, un rêve partagé condense cette réactivation du passé : une procession d'âmes menée par le veilleur de nuit traverse le village. Elle culmine dans la découverte, dans les ruines d'un ancien poste de police japonais, d'une peinture représentant cette divinité, comme une preuve enfouie d'une mémoire historique occultée.1,080/mainssl/modules/MySpace/PrdInfo.php?sn=llp&pc=2510002125372