Personnage à l'identité "mutilée", le narrateur de ce monologue est un vagabond apatride, borgne, échoué sur l'île de Taïwan. Non dépourvu de culture et d'esprit, il tient par-dessus tout à ce qu'on le respecte. S'il se surnomme lui-même "le Chef", il ne sait en fait qu'aboyer ou bégayer dans le conflit qui l'oppose sans cesse à la langue chinoise. Ses soliloques nous font passer de la modernité orgueilleuse des années 1970 à la "postmodernité" vaniteuse du XXIe siècle. Mais le véritable héros de ce livre, c'est la langue elle-même, qui tourne en dérision tout ce qu'elle touche, à commencer par les devins, ces demi-dieux qui auraient créé l'écriture dans les temps les plus reculés, ensuite les lettrés-fonctionnaires, qui tiennent à leurs privilèges plus qu'à leur raison... Ecrit dans une langue offensive, ce roman suscita l'admiration dès sa parution des deux côtés du détroit de la mer de Chine : il est reconnu comme l'expérimentation la plus radicale en langue chinoise, mêlant les expressions anciennes, syntaxe débridée et rythmes implacables.
« C’est une langue qui naît sous nos yeux dont la forme contient, complète ou modifie le sens des mots. Et le miracle est que jamais, sur près de 400 pages, cela n’ennuie ou ne pose problème. On rit beaucoup, on marche dans les pas erratiques du narrateur (qui s’auto-désigne par le nom de Le Chef), on partage ses tribulations, ses envolées injurieuses (il jure comme l’ivrogne qu’il est), ses délires mystiques, ses considérations poétiques sur le monde qui l’entoure – car l’homme est lettré, cultivé, malgré ses ivresses fréquentes, son œil manquant et son allure débraillée. (…) Et que dire enfin du travail extraordinaire (au sens le plus rigoureux du terme) de Camille Loivier, qui réussit une véritable re-création d’un texte qui, lui-même, dans sa langue originale, s’invente en s’écrivant ? C’était a priori une entreprise impossible, et, par son talent, la traductrice en fait une réussite parfaite, un grand événement littéraire. » (Léon-Marc Levy, pour « La Cause littéraire »)
REST IN PIECESAu fil d’une série d’histoires courtes toujours plus dérangeantes, l’auteur taïwanais Karmaket exorcise toutes ses névroses dans ce bijou de bizarrerie. Humanité décadente, revenants, paranoïa et folie collective, insectes invasifs, divinités inquiétantes… Un recueil qui rappelle que les ténèbres renferment toujours une part de beauté.
En 2025, Karmarket gagne le "Best New Talent" (Meilleur artiste émergent) du "Golden Comic Award", le prix le plus prestigieux de la bande dessinée Taïwanaise.1,380/mainssl/modules/MySpace/PrdInfo.php?sn=llp&pc=2601002156278
SUR LES RIVAGES D'ASIE - THAILANDE, INDONESIE, TAIWAN, VIETN« Homme libre, toujours tu chériras la mer ! » « Désireuse de vérifier les mots de Baudelaire, moi aussi, bien que femme, j'allais m'abandonner à la mer. Lors de mes précédents voyages ce n'est jamais vers le littoral que je me dirigeais, mais vers les formations colossales de grès du Hunan, vers les premières marches de l'Himalaya ou les yardangs du désert. de Gobi. La roche en soi, les strates, traces tangibles du temps. Seulement mon objectif n'était plus de suivre le temps, c'était de m'en extraire ; il me fallait marcher là où aucune trace ne survit car engloutie continuellement par les flots : le rivage. Cette bande mouvante qui délimite la frontière entre les deux royaumes de notre planète et qui, à certains endroits, en se mordant la queue, donne naissance à une île, orpheline de la terre en pleine mer. Ce voyage tourné vers le large ne me guiderait donc pas une énième fois vers la Chine, terre de mes premiers émois d'exploration. Néanmoins, c'est de ce côté du globe que mon cœur penche invariablement...»1,930/mainssl/modules/MySpace/PrdInfo.php?sn=llp&pc=2510002125753
THE SONG ABOUT GREEN - VOL02À Taïwan, Lu et Nanjun se rencontrent au sortir de l'adolescence autour de leur passion commune pour la culture japonaise, de Haruki Murakami aux grandes figures de la pop. Subtile chronique douce-amère d'un premier amour qui vibre entre Taïwan et Tokyo, The Song about Green séduit par sa maturité graphique et sa justesse.800/mainssl/modules/MySpace/PrdInfo.php?sn=llp&pc=2506002084074