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C'est a Venise que Fabien, la cinquantaine. natif de la Martinique, se voit tendre pour la premiere fois sans complaisance le miroir de son passe. Jeune etudiant revant a l'epoque de ne cultiver qu'un seul art - celui de l'Etonnement-, il etait venu autrefois a Venise en quete du miracle. Au bord des eaux glauques il avait rencontre Silvana, qui l'avait initie a tout, et d'abord au mystere qui reunit dans une meme etreinte l'Amour et la Mort.
Trente ans plus tard, l'image de Silvana hante encore les eaux de la lagune. Comme pour faire reproche a Fabien d'avoir trahi son reve d'autrefois. Rien qui fasse place a l'etonnement, dans sa vie rangee d’aujourd’hui. L'etudiant exile a vieilli, a cultive une prudente amnesie (en particulier quant a son metissage). Et voici qu'a contempler les eaux vertes de la vieille cite, un autre passe lui revient, mieux cele encore: il est enfant, dans son ile, eleve sans pere au milieu d'une petite societe de femmes qui le choient d'etrange facon - l'une d'elles, Tatie, Solange, dont les mauvaises langues murmurent qu'elle a arrondi soli magot en tapinant, vend regulierement le gamin a un amateur du chair fraiche...
On ne se mefie jamais assez des miroirs troubles, qui font semblant de ne rien reflechir... et qui gardent en eux, plus fidele que nous, les images d'un passe que nous sommes impuissants a tuer.
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